Flatland

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de Edwin A. Abbott (1884)

La dédicace de l’auteur
« Aux habitants de l’ESPACE EN GÉNÉRAL
et à H. C. en particulier
Cette OEuvre est Dédiée
Par un Humble Carré Originaire du Pays des Deux Dimensions
Dans l’Espoir que
Tout comme lui-même a été Initié aux Mystères des TROIS Dimensions
Alors qu’il en connaissait SEULEMENT DEUX
Ainsi les Citoyens de cette Céleste Région
Élèveront de plus en plus leurs aspirations
Vers les Secrets de la QUATRIÈME, de la CINQUIÈME ou même de la SIXIÈME Dimension
Contribuant ainsi
Au Développement de l’IMAGINATION
Et peut-être au progrès
de cette Qualité excellente et rare qu’est la MODESTIE
Au sein des Races Supérieures
de l’HUMANITÉ SOLIDE »
parle d’elle-même: c’est à la fois une allégorie sur la connaissance de l’univers, un roman de science-fiction avant même que le terme soit inventé, une critique à peine voilée de la société victorienne anglaise et une initiation à nous remettre en question. Ajoutons que c’est très drôle.

Joseph Aussedat
23 octobre 2018

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La Fontaine et le sens de l’injustice

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La lecture des Fables de La Fontaine m’a marqué dès l’enfance et a amorcé la constitution de mon sens de l’injustice. Je n’en donnerais que deux extraits : les deux premiers vers du «Loup et l’agneau» et les deux derniers des «Animaux malades de la peste».
La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
et
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Il y a beaucoup d’autres choses dans ces aphorismes que l’on retient par la grâce de la beauté de la langue.
Je vous en donne les versions complètes:

Le Loup et l’Agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
«Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
– Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Les Animaux malades de la peste

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Pour une philosophie du travail

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Par Martine Verlhac

Ayant eu la chance de pratiquer longuement deux métiers qui m’ont apporté beaucoup de satisfaction et en même temps de nombreuses difficultés, les métiers de l’imprimerie et de l’informatique, je pensais que tout avait été dit sur le travail, jusqu’à ce qu’une amie m’envoie son livre Pour une philosophie du travail. J’y ai découvert ceci, que le travail selon elle, participe de façon fondamentale dans la constitution de notre identité, en ce sens que toute activité qui vise à transformer le monde par le travail manuel et intellectuel nous transforme nous-mêmes. Souvent on ne retient du travail que les conditions dans lesquelles il s’exerce, dans le cadre du système capitaliste, et ces conditions font que souvent on ne retient que l’aspect exploitation. Pourtant un élément important est la reconnaissance, le regard extérieur sur le fruit du travail, c’est-à-dire sur le résultat produit par l’exercice de capacités physiques et intellectuelles pour y aboutir.
C’est à partir des suicides à France Telecom, du stress généralisé dans les ateliers comme dans les bureaux, que la réflexion de Martine Verlhac s’est développée.

Je citerai sa conclusion :
Le problème du travail n’est pas celui de l’administration des choses, il est celui de l’organisation de la coopération pour la valorisation du monde. Dans cette coopération nous avons, comme pour l’administration universelle du droit, besoin d’un maître. Et même si ce maître ce sont les hommes démocratiquement associés, la difficulté qu’avait vue Kant vaut pour cette coopération. Comme lieu de tous les antagonismes, le travail renouvelle nos tentations de faire exception pour nous-mêmes, voire d’asservir ou d’accepter l’asservissement, quoiqu’il exige l’émancipation et la justice.
Ainsi le problème du travail est-il problème politique par excellence. Encore faut-il qu’il soit inscrit comme tel dans les programmes politiques.

Éditeur Alterbooks, 128 pages, 2012
Joseph Aussedat
3 novembre 2016

Zen and the Art of Motorcycle Maintenance

An inquiry into values

Par Robert Maynard Pirsig

J’ai relu récemment en anglais ce livre de Robert Pirsig que j’avais lu dans la très bonne traduction française par un trio de traducteurs, il y a plus de 25 ans sous le titre Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes.

J’y avais trouvé alors un récit qui éveillait en moi de belles résonnances avec le voyage en moto, la randonnée dans les montagnes, l’arrivée au bord de l’océan et la quête d’une qualité dans mon métier.

Si je me souvenais bien de la trame générale de ce roman plus ou moins autobiographique, j’ai découvert en lisant une nouvelle introduction ajoutée par l’auteur qu’il faisait son mea culpa d’une erreur mineure concernant Phèdre qui ne signifie pas loup en grec, et surtout d’une autre, majeure, qui concerne le rôle attribué à Phèdre, son ancien moi.

Ce récit est un chautauqua, sorte de pèlerinage qui se déroule dans la tête du narrateur, professeur de rhétorique, en même temps qu’il navigue en moto avec son fils vers son passé et des lieux où il a vécu. Le voyage remémore sa recherche de la qualité et ses tentatives pour trouver une solution à la dualité sujet-objet, recherche qui va le mener littéralement à une folie schizophrénique. L’intérêt de ce chautauqua est dans le détail de cette recherche, qui nous amène à nous interroger sur la nature de la qualité dans ce que nous faisons pour vivre.

Joseph Aussedat

15 octobre 2018

Malaise dans la démocratie

de Jean-Pierre Le Goff
Éditions Stock, 2016, 272 pages

L’essai est un genre qui permet de pénétrer en profondeur une question comme celle-ci:
Qu’est-ce qui a changé dans la société française – mais pas seulement elle – et dans le monde depuis les années 60 et qui met à mal la démocratie?
On en connaît assez bien les causes économiques, la mondialisation et le néo-libéralisme. Jean-Pierre Le Goff met en lumière le soubassement culturel et sociétal de ce changement.
«Une nouvelle conception du monde et de la condition humaine s’est diffusée en douceur à travers tout un courant moderniste de l’éducation, du management, de l’animation festive et culturelle tout autant que par l’écologie fondamentaliste, les thérapies en tout genre et les nouvelles formes de religiosité diffuse. Il importe d’opérer un recul réflexif et critique sur ces courants si nous voulons comprendre le malaise existant.»

Joseph Aussedat
20 juillet 2017

Fauna

par Alissa York

Dans la jungle urbaine de Toronto, un autre type de jungle pousse autour des bois qui enserrent la rivière Don. C’est là qu’une douanière et agent de la Faune, Edal Jones, en patrouille en vélo, va suivre une jeune vagabonde, Lily. Accompagnée de son chien Billy, cette dernière recueille les oiseaux qui se cognent contre les façades de verre des tours de la grande ville. Les blessés, elle les emporte pour les soigner. Les morts, pour leur donner une sépulture. Cette piste amène Edal à découvrir une cour à scrap enclavée dans le vallon, où se sont échouées des carcasses de véhicules et se sont réfugiés des asociaux attachants. Là ils trouvent un havre de réconfort où guérir leurs blessures, sous l’aile d’un bienveillant propriétaire, Guy Howell.
Il y a là Stephen qui a recueilli une poignée de bébés ratons laveurs et s’en occupe maternellement.
Ce sanctuaire est sous la menace d’une autre âme en peine, qui fait le récit de sa quête dans le blogue de Coyote Cop, et qui finira mal.
Il y a dans ce roman une proximité et un échange entre les hommes et les animaux qui nous laisse entrevoir autre chose que des rapports de domestication, mais plutôt de responsabilité réciproque.

Vintage Canada, 2010, 376 pages

Joseph Aussedat
le 21 février 2017

1632

Par Eric Flint

Une transposition historique et le début d’une uchronie: Irruption du XXe siècle dans la guerre de Trente ans.

Dans une expérience artistique avec l’espace-temps, des extraterrestres insouciants, les Assitis, ont permuté une sphère de 6 miles de diamètre englobant la ville de Grantville en Virginie occidentale à la fin du 20e siècle avec une autre de même volume située en Thuringie, région sise au cœur du Saint Empire Romain Germanique en 1632, près de 400 ans plus tôt.

Les habitants de Grantville vont se retrouver immédiatement confrontés à des exactions commises par des bandes de mercenaires qui pillent, violent et tuent les habitants de la région. Grantville s’est construite autour d’une mine et les mineurs constituent le gros de la population. Ces mineurs regroupés dans leur syndicat, l’United Mine Workers of America, ont à leur tête Mike Stearns qui va montrer son leadership et sauver la vie d’une demoiselle en détresse, Rebecca Abrabanel et celle de son père, Balthazar,  diplomate et espion juif expérimenté.

Rapidement, Grantville élit un comité de salut public chargé de l’organisation des affaires courantes et surtout de la défense de la nouvelle république. Les armes et les véhicules sont en quantité restreinte, ainsi que les ressources en énergie et la nourriture. Il faut profiter d’un délai de grâce pour se doter d’un embryon d’industrie du XIXe siècle.

Pendant ce temps, le roi de Suède, Gustav II Adolf, et son principal conseiller, Axel Oxenstierna, envoient aux nouvelles une petite troupe dirigée par un Écossais, Alexander Mackay. Il tissera les premières alliances avec les dirigeants de Grantville.

Les armées de mercenaires de Tilly, souvent enrôlés de force, ravagent la région et menacent la nouvelle nation, qui ne se laisse pas faire, et qui malgré son infériorité numérique, inflige au Condottiere ses premières défaites. Cela a un écho sur tout le continent jusqu’à la cour de France, où Richelieu tente de tuer dans l’œuf la nouvelle démocratie. En même temps, la façon laïque d’aborder la population autour de Grantville, qu’elle soit catholique, calviniste ou luthérienne, la richesse matérielle et la qualité des produits de Grantville et la science qu’il y a derrière, ont un puissant attrait pour cette population allemande, qui forme très vite une majorité.

Ainsi démarre une nouvelle histoire en parallèle avec la nôtre… et une nouvelle série de livres développant cette uchronie, avec le même auteur associé parfois à d’autres, comme David Weber.

Baen Books

Joseph Aussedat
21 juillet 2016