Berezina, En side-car avec Napoléon

Sylvain Tesson, Éditions Guérin – Chamonix, 2015

Récit de voyage et de quel voyage ! En moto avec side-car sur les traces de Napoléon et de son armée en déroute à travers une Russie dégoulinante de neige… Casse-cou, ce voyage, surtout en décembre, ce qui paraîtrait aberrant aux yeux de n’importe quel Canadien qui remise sa moto dès octobre. D’autant plus aberrant que les routes, aux dires mêmes de l’écrivain, sont des fondrières : « La boue poissait les rues, le ciel, le moral. »

Avant Sylvain Tesson, il y eut d’autres écrivains-voyageurs. Pour n’en mentionner que deux, dont j’ai fréquenté l’œuvre, il y eut Ella Maillart, qui s’aventurait seule sur des sommets enneigés à la frontière de l’URSS et de la Chine, et Nicolas Bouvier, qui décrivit magnifiquement un Afghanistan splendide que nous ne connaîtrons jamais. Deux Suisses qui ne cherchaient pas tant à mettre leur vie en péril qu’à partir vers d’autres visages, d’autres paysages.

« Un voyage vous fait, ou vous défait. », écrit Nicolas Bouvier. Certes, mais ce que l’on ressent à la lecture de Berezina, est beaucoup plus que ça : « -Un vrai voyage, c’est quoi ? dit-il. -Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe, une dérive, un délire… » Et c’est bien ce qui ressort de chaque page de Berezina : le goût du risque, du danger, comme un désir de se mettre en péril, de se défoncer.

C’était si fort que je me suis livrée à une sorte de critique biographique du livre, ce qu’en principe je me refuse à faire. Je m’accuse donc d’avoir googlé et découvert ainsi qu’après Berezina, Sylvain Tesson escalada la façade de la maison de son ami, l’écrivain Jean-Christophe Ruffin, et fit une chute presque mortelle de dix mètres : coma, séquelles et changement complet de philosophie (ou de manière de vivre et d’écrire ?) face à la vie, à la mort ! Reste que Sylvain Tesson est un authentique écrivain par son style : « Le ciel avait la teinte de la flanelle sale », par son humour parfois féroce : « règle universelle : ne jamais laisser un flic vous dire les choses… », par sa manière de raconter, mettant en parallèle les difficultés de son parcours et celles de la retraite de la Grande armée ou plutôt, de ce qu’il en restait au fil de cette épouvantable marche. Pour qui aime l’Histoire, la grande, en voici une page immense, certes pas la plus glorieuse, mais la plus étonnante pour ne pas dire la plus déroutante, car comment comprendre l’attachement de ces soldats à leur empereur sinon par le charisme de ce dernier ?

Nicole Balvay-Haillot
13 septembre 2015

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