The Looming Tower Al-Qaeda and the road to 9/11

De Lawrence Wright

Ce livre retrace les jalons qui ont mené à la destruction des deux tours du World Trade Center à Manhattan le 11 septembre 2001, et remonte aux racines de la construction d’Al-Qaeda. Il raconte la traque des hommes, d’un côté les djihadistes, de l’autre les agents du FBI et de la CIA, échelonnée sur des années et plusieurs continents. Il permet de comprendre les raisons et la motivation qui ont mené un Égyptien émigré aux États-Unis, Sayyid Qutb, à devenir un théoricien du djihad et des Frères Musulmans.
En novembre 1948, sur le navire de croisière qui le mène d’Alexandrie à New York, Qutb est confronté à une crise de foi, rencontrant une nouvelle civilisation matérialiste et moderne, riche d’espoirs et une crise personnelle – que vais-je faire de ma vie. Cette confrontation entre les tentations du monde et ses croyances islamiques se résoudra par cette résolution : «J’ai décidé d’être un vrai Musulman!».

Dans cette Amérique où se développait la peur du communisme, Qutb pensait que la lutte réelle n’était pas une bataille entre le capitalisme et le communisme, mais entre l’Islam et le matérialisme, et qu’inévitablement l’Islam prévaudrait. Qutb publie un livre en arabe, Social Justice in Islam, qui va établir sa réputation comme penseur de l’Islam. Il va décider de rejoindre les Frères Musulmans, organisation fondée en 1928 pour faire de l’Égypte un État islamique. Qutb vécut quelques temps à Greeley au Colorado, et devint encore plus radicalisé par cette expérience. Pour lui, autre chose que la charia imposée au monde entier, ce n’est pas l’Islam, mais la jahiliyya, le monde païen d’avant la délivrance du message au prophète Mahomet.

De retour au Caire en 1950, Qutb participa deux ans plus tard, au coup d’État de Nasser, en fournissant un lieu de coordination avec les Frères Musulmans. Qutb participa à la tentative d’assassinat de Nasser en 1954, fut jeté en prison, torturé et finalement pendu en 1966. Dans sa prison, Qutb a redonné vie au concept de takfir, l’excommunication de la communauté islamique, en l’appliquant à ses geôliers, qui servaient Nasser et son État séculier, concept largement utilisé au cours de l’histoire pour justifier des bains de sang.

Le récit couvre la naissance d’al-Qaeda jusqu’à son «apothéose» du 11 septembre 2001, suivant deux groupes en interaction l’un avec l’autre, principalement celui regroupé autour de Daniel Coleman et John O’Neill et des agents du FBI et de la CIA, et l’autre al-Qaeda, rassemblé autour d’Osama Ben Laden et Ayman al-Zawahiri. Il livre de nombreuses informations sur les divers protagonistes, en particulier l’origine de la fortune familiale de Ben Laden, son premier rôle de financier du djihad, ses exils dans différents pays au gré des conflits avec les autorités et son implication dans de nombreux et spectaculaires attentats, comme à Nairobi et Dar es Salam, et l’attaque contre le destroyer Cole. Il explique l’origine de la légende du groupe en Afghanistan et l’auréole que les djihadistes ont gagnée à cette occasion.

Cette vision de l’intérieur d’une organisation terroriste permet certes de mieux comprendre ses motivations, mais aussi l’idéologie wahhabite qui en est à la source, ainsi que la nature des tueurs, des gens relativement éduqués et pas spécialement pauvres.

Connais ton ennemi, disait Sun Tsu.

En français le livre porte le titre : La guerre cachée : Al-Qaïda et les origines du terrorisme islamiste, Robert Laffont, 2007, 440 p.

Joseph Aussedat
9 janvier 2016

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