Fauna

par Alissa York

Dans la jungle urbaine de Toronto, un autre type de jungle pousse autour des bois qui enserrent la rivière Don. C’est là qu’une douanière et agent de la Faune, Edal Jones, en patrouille en vélo, va suivre une jeune vagabonde, Lily. Accompagnée de son chien Billy, cette dernière recueille les oiseaux qui se cognent contre les façades de verre des tours de la grande ville. Les blessés, elle les emporte pour les soigner. Les morts, pour leur donner une sépulture. Cette piste amène Edal à découvrir une cour à scrap enclavée dans le vallon, où se sont échouées des carcasses de véhicules et se sont réfugiés des asociaux attachants. Là ils trouvent un havre de réconfort où guérir leurs blessures, sous l’aile d’un bienveillant propriétaire, Guy Howell.
Il y a là Stephen qui a recueilli une poignée de bébés ratons laveurs et s’en occupe maternellement.
Ce sanctuaire est sous la menace d’une autre âme en peine, qui fait le récit de sa quête dans le blogue de Coyote Cop, et qui finira mal.
Il y a dans ce roman une proximité et un échange entre les hommes et les animaux qui nous laisse entrevoir autre chose que des rapports de domestication, mais plutôt de responsabilité réciproque.

Vintage Canada, 2010, 376 pages

Joseph Aussedat
le 21 février 2017

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Dumézil ou comment j’ai appris à lire – et à apprécier – l’anglais

Comme beaucoup de petits Français, j’ai appris l’anglais de la sixième au baccalauréat, mais j’ai toujours eu du mal à le lire et surtout à le prononcer. J’aime la science-fiction, dont les auteurs de langue anglaise sont parmi les plus intéressants et les plus prolifiques. Jusqu’à ce que j’émigre au Canada, je ne pouvais lire les auteurs anglophones qu’en traduction, ce qui entraînait bien des frustrations. Je me suis demandé comment arriver à pallier ce manque d’aptitude.
Je me suis souvenu d’une interview de l’éminent linguiste Georges Dumézil par Bernard Pivot dans l’émission Apostrophe. À Bernard Pivot qui lui demandait comment l’on faisait pour apprendre le vieux norrois – le vieil islandais – Dumézil répondait malicieusement ceci: «On se procure un texte en vieux norrois, un dictionnaire norrois-français et une grammaire. Au bout d’une centaine de pages on connaît la langue.» J’ajouterais, quand on est Dumézil.
Bien des années après j’ai décidé d’appliquer cette méthode à l’apprentissage de la lecture en anglais. Je l’appelle désormais la «méthode Dumézil».
J’ai donc acheté un livre de quelque 600 pages, The Final Encyclopedia, de Gordon R. Dickson et je me suis contraint à chercher dans le dictionnaire tous les mots que je ne comprenais pas. Au début les pages étaient noires de notes, et à la fin les pages étaient plus dépouillées, et je n’avais presque plus besoin de dictionnaire.
Merci Georges Dumézil, merci Bernard Pivot.

Joseph Aussedat
8 mars 2015

Tout s’est bien passé

Récit d’Emannuèle Bernheim au titre extraordinairement judicieux.

C’est ainsi qu’au service de soins palliatifs où j’étais bénévole, on me répondait quand je demandais comment s’était terminé le parcours d’un patient. Cependant, il n’est pas question de mort naturelle dans ce récit d’Emannuèle Bernheim, qui réussit admirablement à rendre avec le recul nécessaire, sans pathos ni misérabilisme, un moment crucial et cruel de sa vie après avoir décidé d’aider son père à en finir avec «ça», cette vie dont il ne veut plus parce qu’il est très âgé, que la maladie s’acharne sur lui, qu’il n’aime pas ce qu’il est devenu. L’émotion, retenue, mais réelle, est rendue par un style haletant, précipité qui rend bien compte de l’état d’esprit de la narratrice et fait avancer l’histoire, non sans contre-temps, vers son  dénouement. Un récit qui oblige à réfléchir sur ce que signifie mourir dans la dignité.

Nicole Balvay-Haillot
12 juin 2013

Dernier voyage à Buenos-Aires

Dernier voyage à Buenos-Aires, de Louis-Bernard Robitaille

Prétexte que ce voyage à Buenos-Aires qui terminera plus ou moins en apothéose la vie terne de Jefferson Woodbridge à l’âge d’environ 65 ans. À la veille de son départ, pourquoi cet Américain à Paris se remémore-t-il sa liaison avec Magda, la fiancée de ses 19 ans ? Il ne le sait pas lui-même. Avec lucidité, il trace son portrait d’écrivain raté qui traverse la vie et ses amours dans la plus totale indifférence. On pourrait le qualifier de pleutre, de veule, de goujat, de rustre, mais il est pire que ça, ce petit bourgeois bien élevé, poli, médiocre, sans émotion. C’est un tour de force de Robitaille que d’avoir écrit un roman réussi avec un personnage-clé aussi peu sympathique. L’autre personnage-clé est Magda, blonde beauté née outre-Rhin, faussement désinvolte et à l’allure princière, héritière à son insu du passé glauque de ses parents dans l’Allemagne nazie et en guerre. En dire plus serait lui enlever son mystère et sa grâce. Dernier personnage et non le moindre : le Paris, surtout le Quartier latin des années 60, que l’on devine fréquenté par Robitaille autant que par son personnage de Woodbridge. C’est le quartier mythique de la jeunesse de l’auteure de ces lignes, où elle retourne sans cesse retrouver ses marques même si les bistrots ont parfois changé de nom!

Nicole Balvay-Haillot
30 mai 2013