Civilisation

Mis en avant

par Kenneth Clark
Éditions Hermann, 1975


S’il est un livre qu’il faut lire sous la forme traditionnelle, papier, et non pas numérique, c’est bien celui-ci – ça tombe bien, la version numérique ne semble pas exister encore aujourd’hui. Ce livre raconte mille ans de civilisation en Europe de la fin du Moyen-âge jusqu’au début du XXème siècle, à travers un survol de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, de la musique, de la poésie et de la littérature, de l’histoire, de la philosophie et des moeurs. Comme le dit son auteur : « Qu’est-ce que la civilisation ? Je ne sais pas. Je ne peux pas la définir de manière abstraite – pour le moment. Mais je crois que je peux la reconnaître quand je la vois; et je suis en train de la regarder. Ruskin a dit : « les grandes nations écrivent leur autobiographie en trois volumes: le livre de leurs actions, le livre de leurs mots et le livre de leur art. Aucun de ces livres ne peut se comprendre sans qu’on ait lu les deux autres mais des trois le seul auquel on puisse faire confiance est le dernier ».

Ce que ce livre a de remarquable est qu’il est un parfait exemple de produit d’une civilisation, qui a raffiné l’art de la qualité de la lecture jusqu’à un haut niveau. Par exemple la mise en page selon le nombre d’or, les marges larges, la lisibilité des caractères elzévirs, la reliure cousue qui permet le maintien de l’ouverture du livre et sa solidité, la qualité de l’impression des illustrations en noir et blanc et en couleurs et leur insertion dans le texte là où elles lui répondent, et finalement l’excellente traduction française d’André de Vilmorin de textes d’une série d’émissions diffusées par la télévision anglaise.

L’auteur nous fait goûter aux relations entre les différents arts et les progressions de la civilisation que l’on appelle occidentale, à travers un voyage entre la France, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas, l’Allemagne et la Russie, ou plutôt à travers les divers avatars de ces pays au cours de l’histoire. On en retient l’idée que la civilisation progresse par sauts d’innovations, par des créations par des individus ou mêmes des populations. Ce livre ne parle pas des souffrances et des misères – guerres et injustices diverses – associées à ce progrès de la civilisation. Ce n’est pas son objet.
C’est important alors que les enjeux des civilisations qui s’affrontent font partie de l’actualité.

Joseph Aussedat
Le 17 novembre 2020

La petite liseuse et Gutenberg

J’étais très sceptique au début. Mon métier était de fabriquer des livres. Quand l’univers du numérique s’est emparé du livre, je me suis dit qu’on allait y avoir un nouvel accès. Pourtant, à l’écran la lecture était toujours fatigante, et on était facilement distrait par du texte publicitaire parasite et indésiré. Et on ne peut facilement se déplacer avec son ordinateur et un bon écran. Mais non. J’ai découvert une Kobo, liseuse sobre, au format d’un livre de poche peu épais, qui m’a réconcilié avec la lecture des livres numériques. Après quelques ajustements des polices et du rétroéclairage, il ne restait plus que l’auteur, le texte et moi.
Certes, les bandes dessinées sont mieux rendues en papier, mais pour le reste le noir et blanc remplit bien son office – nous introduire dans les pensées d’autrui.
En post-scriptum, disposer d’un bon dictionnaire est très utile. La liseuse en a trois, un français, un anglais et un traducteur anglais-français.
Au cours de mes périgrinations dans l’Internet, j’ai rencontré le Projet Gutenberg qui s’est fixé comme but de mettre à la disposition de tous les textes du passé ou du moins ceux qui sont libres de droits d’auteur. Si au début des volontaires recopiaient au clavier les textes, rapidement des techniques plus modernes ont été utilisées. La majorité de ces textes sont en anglais, mais de nombreux titres sont en français ou en d’autres langues. Si on veut, de nombreux textes français peuvent être téléchargés de la bibliothèque de France.

Joseph Aussedat

23 avril 2019

Malaise dans la démocratie

de Jean-Pierre Le Goff
Éditions Stock, 2016, 272 pages

L’essai est un genre qui permet de pénétrer en profondeur une question comme celle-ci:
Qu’est-ce qui a changé dans la société française – mais pas seulement elle – et dans le monde depuis les années 60 et qui met à mal la démocratie?
On en connaît assez bien les causes économiques, la mondialisation et le néo-libéralisme. Jean-Pierre Le Goff met en lumière le soubassement culturel et sociétal de ce changement.
«Une nouvelle conception du monde et de la condition humaine s’est diffusée en douceur à travers tout un courant moderniste de l’éducation, du management, de l’animation festive et culturelle tout autant que par l’écologie fondamentaliste, les thérapies en tout genre et les nouvelles formes de religiosité diffuse. Il importe d’opérer un recul réflexif et critique sur ces courants si nous voulons comprendre le malaise existant.»

Joseph Aussedat
20 juillet 2017

Pour une philosophie du travail

Par Martine Verlhac

Ayant eu la chance de pratiquer longuement deux métiers qui m’ont apporté beaucoup de satisfaction et en même temps de nombreuses difficultés, les métiers de l’imprimerie et de l’informatique, je pensais que tout avait été dit sur le travail, jusqu’à ce qu’une amie m’envoie son livre Pour une philosophie du travail. J’y ai découvert ceci, que le travail selon elle, participe de façon fondamentale dans la constitution de notre identité, en ce sens que toute activité qui vise à transformer le monde par le travail manuel et intellectuel nous transforme nous-mêmes. Souvent on ne retient du travail que les conditions dans lesquelles il s’exerce, dans le cadre du système capitaliste, et ces conditions font que souvent on ne retient que l’aspect exploitation. Pourtant un élément important est la reconnaissance, le regard extérieur sur le fruit du travail, c’est-à-dire sur le résultat produit par l’exercice de capacités physiques et intellectuelles pour y aboutir.
C’est à partir des suicides à France Telecom, du stress généralisé dans les ateliers comme dans les bureaux, que la réflexion de Martine Verlhac s’est développée.

Je citerai sa conclusion :
Le problème du travail n’est pas celui de l’administration des choses, il est celui de l’organisation de la coopération pour la valorisation du monde. Dans cette coopération nous avons, comme pour l’administration universelle du droit, besoin d’un maître. Et même si ce maître ce sont les hommes démocratiquement associés, la difficulté qu’avait vue Kant vaut pour cette coopération. Comme lieu de tous les antagonismes, le travail renouvelle nos tentations de faire exception pour nous-mêmes, voire d’asservir ou d’accepter l’asservissement, quoiqu’il exige l’émancipation et la justice.
Ainsi le problème du travail est-il problème politique par excellence. Encore faut-il qu’il soit inscrit comme tel dans les programmes politiques.

Éditeur Alterbooks, 128 pages, 2012
Joseph Aussedat
3 novembre 2016