Zen and the Art of Motorcycle Maintenance

An inquiry into values

Par Robert Maynard Pirsig

J’ai relu récemment en anglais ce livre de Robert Pirsig que j’avais lu dans la très bonne traduction française par un trio de traducteurs, il y a plus de 25 ans sous le titre Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes.

J’y avais trouvé alors un récit qui éveillait en moi de belles résonnances avec le voyage en moto, la randonnée dans les montagnes, l’arrivée au bord de l’océan et la quête d’une qualité dans mon métier.

Si je me souvenais bien de la trame générale de ce roman plus ou moins autobiographique, j’ai découvert en lisant une nouvelle introduction ajoutée par l’auteur qu’il faisait son mea culpa d’une erreur mineure concernant Phèdre qui ne signifie pas loup en grec, et surtout d’une autre, majeure, qui concerne le rôle attribué à Phèdre, son ancien moi.

Ce récit est un chautauqua, sorte de pèlerinage qui se déroule dans la tête du narrateur, professeur de rhétorique, en même temps qu’il navigue en moto avec son fils vers son passé et des lieux où il a vécu. Le voyage remémore sa recherche de la qualité et ses tentatives pour trouver une solution à la dualité sujet-objet, recherche qui va le mener littéralement à une folie schizophrénique. L’intérêt de ce chautauqua est dans le détail de cette recherche, qui nous amène à nous interroger sur la nature de la qualité dans ce que nous faisons pour vivre.

Joseph Aussedat

15 octobre 2018

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Blanc dehors

Martine Delvaux, Héliotrope 2015

Roman ? Récit ? Pas encore des étiquettes ! Une quête. Pas celle du père, car ce n’est pas tant le père, qui manquait, que l’histoire inconnue de ce qu’il y a derrière. Pas non plus la quête de documents sur l’identité, le parcours de l’absent, mais une quête intérieure, l’écrivaine se refusant à courir archives ou témoignages : C’est la fin et le début de l’histoire. On me demande ce que ça me fait de ne pas savoir qui est mon père.

Est-ce si incroyable de ne jamais avoir rien su de ce père ? Silence de la mère, amnésique, des grands-parents, des sœurs de la Charité dont les archives manquent pour l’année de la naissance de l’écrivaine. Je ne devrais pas m’en étonner : mon roman Les Passeurs (un récit, selon les amateurs d’étiquette) est aussi une quête de ce qui manquait d’une histoire familiale jamais racontée. À la différence que mon père fut bien présent alors que celui de Blanc dehors reste absent jusque dans la mémoire de la jeune fille qui devint fille-mère. Quel mot horrible !

Cette histoire est celle de la sortie du silence et de la honte, un acte thérapeutique, la mise à nu d’une exilée de l’intérieur, du moins je l’espère, et peut-être un dernier appel au père ou à ses proches qui pourraient surgir et dire les raisons de sa désertion, mais surtout un acte d’écriture : Je n’écris pas sur ma mère amnésique, ni sur mon père disparu, ni sur leur histoire d’amour inconnue. J’écris pour remplir des trous, mettre des mots à la place des blancs. Mission magistralement accomplie !

Certains mots choquent : la future mère a failli se faire violer…, a réussi… à garder son ventre pour elle. D’autres émeuvent : Il y a une certaine dignité à être orphelin. Aucune à être bâtard. D’autres accrochent : je suis née quelque part entre Duplessis et Morgentaler. Petit rappel d’un Québec pas si éloigné où le carcan de l’église et de la morale exilait celles qui avaient eu le malheur d’aimer sans retour. Et sans pilule !

Nicole Balvay-Haillot
23 octobre 2015