Flatland

de Edwin A. Abbott (1884)

La dédicace de l’auteur
« Aux habitants de l’ESPACE EN GÉNÉRAL
et à H. C. en particulier
Cette OEuvre est Dédiée
Par un Humble Carré Originaire du Pays des Deux Dimensions
Dans l’Espoir que
Tout comme lui-même a été Initié aux Mystères des TROIS Dimensions
Alors qu’il en connaissait SEULEMENT DEUX
Ainsi les Citoyens de cette Céleste Région
Élèveront de plus en plus leurs aspirations
Vers les Secrets de la QUATRIÈME, de la CINQUIÈME ou même de la SIXIÈME Dimension
Contribuant ainsi
Au Développement de l’IMAGINATION
Et peut-être au progrès
de cette Qualité excellente et rare qu’est la MODESTIE
Au sein des Races Supérieures
de l’HUMANITÉ SOLIDE »
parle d’elle-même: c’est à la fois une allégorie sur la connaissance de l’univers, un roman de science-fiction avant même que le terme soit inventé, une critique à peine voilée de la société victorienne anglaise et une initiation à nous remettre en question. Ajoutons que c’est très drôle.

Joseph Aussedat
23 octobre 2018

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1632

Par Eric Flint

Une transposition historique et le début d’une uchronie: Irruption du XXe siècle dans la guerre de Trente ans.

Dans une expérience artistique avec l’espace-temps, des extraterrestres insouciants, les Assitis, ont permuté une sphère de 6 miles de diamètre englobant la ville de Grantville en Virginie occidentale à la fin du 20e siècle avec une autre de même volume située en Thuringie, région sise au cœur du Saint Empire Romain Germanique en 1632, près de 400 ans plus tôt.

Les habitants de Grantville vont se retrouver immédiatement confrontés à des exactions commises par des bandes de mercenaires qui pillent, violent et tuent les habitants de la région. Grantville s’est construite autour d’une mine et les mineurs constituent le gros de la population. Ces mineurs regroupés dans leur syndicat, l’United Mine Workers of America, ont à leur tête Mike Stearns qui va montrer son leadership et sauver la vie d’une demoiselle en détresse, Rebecca Abrabanel et celle de son père, Balthazar,  diplomate et espion juif expérimenté.

Rapidement, Grantville élit un comité de salut public chargé de l’organisation des affaires courantes et surtout de la défense de la nouvelle république. Les armes et les véhicules sont en quantité restreinte, ainsi que les ressources en énergie et la nourriture. Il faut profiter d’un délai de grâce pour se doter d’un embryon d’industrie du XIXe siècle.

Pendant ce temps, le roi de Suède, Gustav II Adolf, et son principal conseiller, Axel Oxenstierna, envoient aux nouvelles une petite troupe dirigée par un Écossais, Alexander Mackay. Il tissera les premières alliances avec les dirigeants de Grantville.

Les armées de mercenaires de Tilly, souvent enrôlés de force, ravagent la région et menacent la nouvelle nation, qui ne se laisse pas faire, et qui malgré son infériorité numérique, inflige au Condottiere ses premières défaites. Cela a un écho sur tout le continent jusqu’à la cour de France, où Richelieu tente de tuer dans l’œuf la nouvelle démocratie. En même temps, la façon laïque d’aborder la population autour de Grantville, qu’elle soit catholique, calviniste ou luthérienne, la richesse matérielle et la qualité des produits de Grantville et la science qu’il y a derrière, ont un puissant attrait pour cette population allemande, qui forme très vite une majorité.

Ainsi démarre une nouvelle histoire en parallèle avec la nôtre… et une nouvelle série de livres développant cette uchronie, avec le même auteur associé parfois à d’autres, comme David Weber.

Baen Books

Joseph Aussedat
21 juillet 2016

Soumission … en catimini

De Michel Houellebecq

Un petit mot. Quand Lorraine Dubois, la propriétaire de la librairie Michabou m’a demandé de créer un blogue pour la librairie, en me donnant carte blanche pour cela, je ne savais pas que cette aventure allait durer quelques années. J’ai intitulé ce blogue «Le goût des livres», car pour moi c’est à travers ces derniers que j’ai découvert le monde et l’écriture de ceux qui l’habitent. Nicole Balvay-Hailot a rejoint le blogue et en est la plus importante contributrice, et j’en profite pour la remercier.
En fait l’actualité se charge de nous rappeler que de nombreux livres nous permettent de mieux comprendre les drames comme les massacres, la guerre, le terrorisme, en nous fournissant des lectures de l’avenir et du passé qui élargissent cette compréhension.

Soumission, de Michel Houellebecq, nous raconte l’histoire d’un professeur d’université dans un futur assez proche. Ce professeur s’est créé une petite niche bien confortable de spécialiste de Joris-Karl Huysmans, fonctionnaire, romancier et critique d’art, converti au catholicisme au XIXe siècle. Petite vie tranquille, petit travail sans mérite ni inconvénients, vie amoureuse sans sursauts avec des maîtresses éphémères. Pendant ce temps, la France et l’Europe se déglinguent, les pressions sociales font que les partis islamistes s’incrustent et finissent par prendre le pouvoir – légalement – tout comme Hitler en 1933.

Et la présidence nouvelle, celle de Ben Abbes, marque l’irruption de la politique dans la quiétude du héros. La Sorbonne et les universités sont financées par les pétromonarchies et imposent la charia; les professeurs doivent être musulmans. Notre professeur, athée sans conviction, se voit offrir de prendre sa retraite, fort généreuse. Mais après quelque temps de réflexion en vacances et dans un monastère, il se trouve confronté à une autre option : Rediger, enseignant et nouveau converti, secrétaire d’état aux Universités, joue au Chaïtan tentateur et lui offre un retour à l’université, généreusement rémunéré. L’échange entre les deux hommes, entre discussion philosophique, dégustation de délices moyen-orientaux, de vin de figue et de Meursault, considérations sur la polygamie et autres avantages, va enclencher un processus de soumission … en catimini, dans lequel le professeur se convertira à l’islam.
À lire pour sa vision prophétique et catastrophique.

Joseph Aussedat
4 décembre 2015

Un fleuve comme destination

C’est une nouvelle, devenue un roman de Philip José Farmer, To Your Scattered Bodies Go, qui débute la série du Monde du Fleuve (RiverWorld) qui a été à l’origine de nombreuses découvertes que j’ai faites dans les domaines de l’histoire, de la littérature et de la poésie.
L’idée de départ est que toute l’humanité est morte à un certain moment au début du XXIe siècle et qu’elle a été ressucitée sur les bords d’un fleuve immense qui fait le tour d’une planète, par des moyens fabuleux mais qu’on peut supposer purement matériels.

Différents personnages fournissent un fil conducteur au récit. Richard Francis Burton, l’explorateur des sources du Nil, Samuel Clemens alias Mark Twain, Cyrano de Bergerac, Hermann Goëring et une multitude de personnages secondaires de toutes les époques nourrissent l’intrigue. Sans compter des néanderthaliens et des géants anthropopithèques et vous, et moi, puisque toute l’humanité est là quelque part. L’auteur, ou plutôt son avatar y est aussi.

Parce qu’il a eu un apercu avant son réveil d’entre les morts de l’existence des êtres responsables de cette résurrection, Richard Burton ne va avoir de cesse de remonter le fleuve jusqu’à sa source pour résoudre cette énigme.

Joseph Aussedat
23 mai 2013