Blanc dehors

Martine Delvaux, Héliotrope 2015

Roman ? Récit ? Pas encore des étiquettes ! Une quête. Pas celle du père, car ce n’est pas tant le père, qui manquait, que l’histoire inconnue de ce qu’il y a derrière. Pas non plus la quête de documents sur l’identité, le parcours de l’absent, mais une quête intérieure, l’écrivaine se refusant à courir archives ou témoignages : C’est la fin et le début de l’histoire. On me demande ce que ça me fait de ne pas savoir qui est mon père.

Est-ce si incroyable de ne jamais avoir rien su de ce père ? Silence de la mère, amnésique, des grands-parents, des sœurs de la Charité dont les archives manquent pour l’année de la naissance de l’écrivaine. Je ne devrais pas m’en étonner : mon roman Les Passeurs (un récit, selon les amateurs d’étiquette) est aussi une quête de ce qui manquait d’une histoire familiale jamais racontée. À la différence que mon père fut bien présent alors que celui de Blanc dehors reste absent jusque dans la mémoire de la jeune fille qui devint fille-mère. Quel mot horrible !

Cette histoire est celle de la sortie du silence et de la honte, un acte thérapeutique, la mise à nu d’une exilée de l’intérieur, du moins je l’espère, et peut-être un dernier appel au père ou à ses proches qui pourraient surgir et dire les raisons de sa désertion, mais surtout un acte d’écriture : Je n’écris pas sur ma mère amnésique, ni sur mon père disparu, ni sur leur histoire d’amour inconnue. J’écris pour remplir des trous, mettre des mots à la place des blancs. Mission magistralement accomplie !

Certains mots choquent : la future mère a failli se faire violer…, a réussi… à garder son ventre pour elle. D’autres émeuvent : Il y a une certaine dignité à être orphelin. Aucune à être bâtard. D’autres accrochent : je suis née quelque part entre Duplessis et Morgentaler. Petit rappel d’un Québec pas si éloigné où le carcan de l’église et de la morale exilait celles qui avaient eu le malheur d’aimer sans retour. Et sans pilule !

Nicole Balvay-Haillot
23 octobre 2015

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