Les intéressants

Meg Wolitzer
Éditions rue Fromentin, Paris, 2015
Traduction de l’édition originale : The Interestings

Avant tout, une précision s’impose : je ne choisis pas les livres dont je fais la chronique. Un jour, Lorraine Dubois, propriétaire de la librairie Michabou et également mon amie, m’en a tendu un : «Tiens, lis ça, tu me diras ce que tu en penses. » C’est ainsi qu’a démarré une collaboration dont je me félicite, car je découvre ainsi des romans, et même une littérature, que je n’aurais pas eu l’idée de lire par moi-même. C’est le cas de ce roman américain … a priori pas ma tasse de thé, entre autres parce que toute édition franco-française envoient les écoliers américains au lycée. J’ai donc feuilleté le gros bouquin, certaine que j’allais le laisser choir, mais, ô surprise, en à peine huit jours, je l’avais dévoré et l’envie me prenait de cocher J’aime sur Facebook ! Ce qui serait très insuffisant ! Ce gros bouquin est-il aussi intéressant que son titre ? Oui.

L’histoire démarre en 1974 dans un camp d’été où l’on stimule la créativité de jeunes âgés de 15 ou 16 ans. Si je me fie à ce qui est annoncé en deuxième de couverture, c’est aussi l’âge de Meg Wolitzer à cette époque. Parlerait-elle de ce qu’elle aurait vécu? Peu importe. L’écrivaine nous donne un roman habilement construit, avec des allers retours qui soutiennent l’intérêt et laissent souvent planer un suspense.

Ces jeunes gens se trouvent donc intéressants, à l’exception de Julie, assommée par la mort récente de son père, mais admise dans ce groupe sélect. C’est à travers elle, devenue Jules sans changement de sexe, que l’on suivra au cours de quatre décennies des destins finalement ordinaires, à l’exception (encore une !) de celui d’Ethan, créateur génial et figure centrale du roman, puisqu’il se termine avec sa disparition.
Destitution de Nixon, guerre du Vietnam, sida, Reagan, chute des Tours servent de toile de fond aux mensonges et aux déchirures de chacun, ainsi qu’aux secrets de famille. Violence, trahison, abus, autisme sont au rendez-vous comme la loyauté, la confiance et l’amour. Reste que l’essentiel du message est l’empreinte indélébile laissée par l’enfance sur l’adulte intéressant ou pas qu’il est devenu. Un roman de la vie de gens ordinaires, quoi !

Nicole Balvay-Haillot
27 octobre 2015

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