L’immunité, la vie

Mis en avant

Pour une autre immunologie
Par Marc Daëron

Éditions Odile Jacob, mai 2021

En cette ère de pandémie due à la covid-19 peu de livres peuvent se vanter d’avoir changé notre façon de percevoir le monde comme celui de Marc Daëron, L’immunité, la vie. Pour lire une analyse plus complète de ce livre, allez sur le blogue de Mezetulle de la philosophe Catherine Kintzler.

Pour moi, il suffit de dire que je ne concevais le système immunitaire que comme un bouclier qui protégeait l’intégrité de la personne contre le monde extérieur, le soi du non-soi, sans que j’en comprenne le mécanisme.

Marc Daëron a recours aux conceptions de Spinoza, et remonte aux pères de l’immunologie, Pasteur, Koch, Metchnikoff, Ehrlich, ainsi qu’aux plus modernes découvertes de l’immunologie, pour expliquer comment l’homme cohabite avec les milliards d’êtres vivants de son microbiote, et établit un modus vivendi avec lui.

Évidemment cela ne se fait pas sans essais-erreurs, car il n’y a pas de raison autre que la reconnaissance par les contacts entre les molécules biologiques et leurs formes spatiales, qui sont quasi infinies. Ce qui explique aussi le fait que chaque être vivant ne réagit pas de la même façon aux agressions par des agents pathogènes. Au cours de l’évolution cette cohabitation, cette éducation entre êtres vivants permet tout simplement de vivre.

Comme le dit Catherine Kintzler C’est à partir de faits polémiques que l’auteur s’interroge, allumant dès une magistrale introduction le moteur qui fait fonctionner le livre. Le système immunitaire est ordinairement pensé, et largement vulgarisé, comme un ensemble de fonctions protectrices, tantôt arsenal défensif contre des hôtes indésirables, tantôt appareil de détection du « soi » et du « non-soi ». Or il arrive que ce prétendu « système de défense » rende malade et même tue (maladies auto-immunitaires, « orages » immunitaires), il arrive qu’il soit régulièrement aveugle à ce qu’il est censé « voir » – un « non-soi » pourtant massif habitant le « soi » (le microbiote pèse deux kilos, sans parler de cet « étranger » qu’est l’embryon) -, ou encore qu’il ouvre tout simplement la porte à des « ennemis » (facilitation des cellules tumorales).

Joseph Aussedat
Septembre 2022