Les gens du sud n’aiment pas la pluie

Patricia Portella Bricka
Éditions de la Pleine lune, 2014

L’histoire d’une grand-mère simple dont la vie compliquée est racontée par Patricia Portella Bricka, sa petite-fille, bien après la disparition de l’aïeule.

La vie de Carmen De La Haba Recio débute en Andalousie en 1897 et se termine à Marseille 95 ans plus tard. Entre temps, cette courageuse et digne Abuela aura traversé bien des épreuves presque toutes dues aux soubresauts de la grande Histoire, mesquine et petite, ballotant des individus comme fétus de paille sur des eaux prêtes à les engloutir.

Une biographie que cette histoire ? En partie seulement, car l’écrivaine nous prévient. «N’étant pas différente de l’espèce humaine, certains de mes souvenirs ont fini (…) par s’effriter en ne laissant que quelques résidus de vie. Seule l’imagination m’aide à leur redonner forme, et c’est tant mieux. »

Quelques points communs entre elle et moi. Comme elle, je suis née en France et suis désormais québécoise. Comme elle, j’ai reconstitué dans mon roman Les Passeurs les turbulences de mes parents, Gabriel et Madeleine Balvay, pendant la Seconde guerre mondiale. Si elle se sent un peu la paléontologue des souvenirs de son Abuela, à fouiller archives privées et publiques pour en exhumer un passé resté secret, je me suis vue archéologue.

Habilement, Patricia Portella Bricka alterne chapitres basés sur des événements réels et chapitres tirés de son journal intime d’adolescente; elle évite ainsi le récit chronologique et crée même une surprise concernant Raphaël, le fils tant aimé de l’Abuela.

Née dans une famille noble mais ruinée, le destin de Carmen se joue dans une Espagne en pleine décadence où l’on fait bien peu de cas des filles et de leur éducation. Lavandière à un âge où elle aurait encore pu jouer à la poupée, elle se marie, jeune et naïve, à un homme brutal qui ne lui apportera aucun soutien dans l’adversité. Elle n’est certes pas allée à l’école, mais sa fille aînée non plus même si, vivant en Algérie, elle aurait pu. Décision du père.

Quand la guerre civile oblige les Républicains, les anarchistes, les mal nantis à l’exil, Carmen et les siens se retrouvent en effet en Algérie, française à l’époque; je ne suis pas surprise d’apprendre que les hommes aboutirent dans un camp d’internement, les femmes et les enfants dans des camps dits d’accueil. J’ai parlé des camps de la France hexagonale dans Les Passeurs. Ainsi, c’est par la littérature que des pages peu glorieuses de l’Histoire deviennent publiques. Il était temps !

Nicole Balvay-Haillot
6 avril 2015

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